Il y a 4 ans, je commençais à écrire. Aujourd'hui, Merveilleux Abandon voit le jour. Publié aux Editions Jouvence, sa sortie est programmée le 11 juin 2026. 3 femmes, 1 route, le documentaire qui lui fait écho, est en développement chez Abel Studios. Deux œuvres, une seule histoire, que j'ai plaisir à partager avec vous. Bonne lecture.
Armelle de Thé
Récit d'une expérience humaine et universelle
Nous portons tous, en nous, une part niée. Une part que la vie a recouverte, lentement, sûrement — pour satisfaire les attentes d'une famille, d'un milieu, d'une époque. Ce bout de nous qui se tait, qui attend, qui résiste a besoin de nous pour renaître.
Pour moi, cet effacement a eu lieu le 27 juin 1967, sur une table de maternité. Ce fut radical, concret, impossible à ignorer. Parce que rien ne disparaît et que toutes nos expériences s'enracinent en nous, j'ai voulu redonner une voix à celle que j'avais été avant d'avoir un nom — l'enfant née sous X et que personne n'avait voulu entendre : le fœtus nié, le bébé oublié dans un orphelinat.
Au fil des années et des rencontres, j'ai compris une chose : la blessure d'abandon, chacun la connaît. Pas forcément à la naissance — parfois c'est un deuil qui fait s'effondrer ce qu'on croyait solide, une séparation qui remet tout en question, un licenciement qui brise ce qu'on avait construit. Les formes sont toutes singulières et personnelles, mais la souffrance, elle, est universelle. Et sous ce poids, toujours, la même interrogation : qui suis-je, maintenant que je ne suis plus ce que j'étais ?
Pendant cinquante ans, j'ai tenté d'y répondre de travers. J'ai été Armelle en niant ma part inée, j'ai construit une identité solide en enterrant l'autre. Jusqu'au jour où cette façade a cessé de me nourrir.
Merveilleux Abandon déroule ce chemin de retour qu'il m'a fallu parcourir pour renouer avec ce moi oublié. Je vous y raconte ce moment où l'on cesse de se trahir soi-même pour être enfin ce que l'on est vraiment.
Ce fut douloureux, de retrouver cet être premier, ce bébé intérieur qui ne m'avait jamais quitté, certes. Mais c'est la seule aventure qui vaille.
La vie m'avait abandonnée à la naissance. Aujourd'hui, je m'abandonne à elle.
Armelle de Thé
La vie m'avait abandonnée lors de ma naissance, aujourd'hui, je m'abandonne à elle.
Ma fille Zoé a illustré Merveilleux Abandon au crayon à papier. Elle a pu ainsi donner une forme visuelle à un récit qui a toujours fait partie de sa vie — ses traits sont en quelque sorte la vision qu'elle a de mon histoire.
Ce n'est pas une collaboration de circonstance. Zoé porte en elle cette filiation traversée par l'abandon. Nous nous sommes découvertes mutuellement dans ce travail, d'une génération à l'autre.
Zoé ne décore pas le texte — elle le traduit. Ce que je n'ai pas su dire avec des mots, elle l'a dessiné.
Ce que j'ai vécu de façon extrême et précoce, beaucoup le vivent autrement, plus tard, plus secrètement. À travers mon parcours, j'espère que vous trouverez des clés pour nommer ce que vous portez.
Je suis productrice audiovisuelle, fondatrice de Martine Productions. À travers des webséries, documentaires, podcasts, conférences, j'explore des sujets de société — guidée par mon propre parcours. Merveilleux Abandon est mon premier livre, né d'un besoin viscéral de vérité et de transmission.
« J'ai écrit ce livre pour tous ceux qui ont grandi avec un trou dans leur histoire. La blessure d'abandon est universelle. Ce que j'ai voulu montrer, c'est qu'elle peut devenir une force — à condition d'avoir le courage de la regarder en face. »
Armelle de ThéTout en menant une carrière dans l'audiovisuel, je suis devenue mère de trois enfants. À la naissance de mon troisième, Hector, j'ai ressenti le besoin de comprendre mon histoire. Pendant des années, j'ai mené ce travail en silence — avant de commencer à écrire, pendant le confinement de 2020.
En parallèle du livre, je prépare un documentaire : 3 FEMMES - UNE ROUTE, qui prolonge le récit de Merveilleux Abandon. Un film intime sur la transmission intergénérationnelle, tourné au plus près de ce que signifie être fille d'une adoptée née sous X.
La caméra suit notre quête des origines — de Lyon à la recherche de nos racines, de la blessure à la réunification. Une route qui passe par les tests ADN, la rencontre avec ma mère de naissance, les silences que la filiation adoptive ne dit pas. Trois femmes d'une même lignée, Zoé, ma mère de naissance et moi, au cœur d'un roadmovie documentaire qui raconte combien la blessure d'abandon traverse les générations.
Être informéeUne aventure singulière au service d'un besoin universel : connaître ses terres d'origines et se réconcilier avec son passé.
3 femmes - Une route, met en scène : l'abandonnante, l'adoptée et l'enfant de l'adoptée, pour la première fois réunies. Une lignée unie par l'abandon !
Pendant quarante ans, j'ai tout fait pour effacer cette petite Martine — mon prénom de naissance, l'enfant que j'avais été avant d'être adoptée. Je la considérais comme ma partie honteuse, mon fardeau. Le jour où j'ai compris qu'elle était mon levain, tout a changé.
Nous portons tous une cage construite de l'intérieur. Le fils parfait, la mère irréprochable, le professionnel qui ne doute jamais. Il m'a fallu cinquante ans pour comprendre que mon lion attendait.
On croit que la blessure d'abandon n'appartient qu'aux enfants abandonnés. C'est faux. Elle est la blessure la plus universelle qui soit.
J'ai eu deux mères. L'une m'a donné la vie à quinze ans et ne m'a jamais revue. L'autre m'a donné un nom, une famille, un monde entier. Toutes deux portaient la même blessure d'abandon.
Pour l'enfant adopté ou né sous X, en France, connaître ses origines biologiques n'est toujours pas un droit. J'ai bravé les interdits pour retrouver ma mère de naissance — et cette quête a changé ma vie. Aujourd'hui je milite pour une réforme profonde de l'adoption en France et pour les droits des adoptés : pour que d'autres enfants puissent vivre une adoption heureuse, accompagnée, humaine. Et pour que le mot "abandon" soit enfin remplacé par "confier".
Le secret absolu promis aux mères biologiques est aujourd'hui un leurre : l'ADN, les réseaux sociaux et les bases de données internationales rendent l'anonymat à vie impossible. Continuer à le promettre, c'est mentir à des femmes souvent en détresse. L'accouchement "dans la discrétion" permettrait de protéger la mère pendant la minorité de l'enfant, tout en préservant le droit de celui-ci à connaître ses origines à sa majorité. Ce n'est pas opposer la mère à l'enfant : c'est enfin les respecter tous les deux.
C'est la proposition qui me tient le plus à cœur. Quand une mère biologique sait qu'elle ne peut pas garder son enfant, pourquoi l'isoler jusqu'à l'accouchement ? Je milite pour qu'une mise en relation avec les parents adoptants soit possible dès la grossesse — que ces futurs parents puissent accompagner la mère, être présents à la naissance, et accueillir le bébé dès sa sortie de maternité. Pas de liste d'attente. Pas de placement provisoire. Un passage de relais humain, préparé, aimant.
Aujourd'hui, une mère biologique peut maintenir son anonymat même après sa mort. Cette disposition prive des adultes adoptés de toute possibilité de retrouver leur histoire — parfois pour toujours. La levée de l'anonymat après le décès ne cause aucun préjudice à la mère disparue. Elle répare, en revanche, une injustice profonde pour l'enfant devenu adulte.
La France est l'un des rares pays européens à pénaliser encore les tests ADN généalogiques. Pourtant, des centaines de milliers de Français y ont déjà recours via des plateformes étrangères. Légaliser ces tests, avec un encadrement sérieux et un accompagnement psychologique, c'est reconnaître la réalité — et protéger ceux qui cherchent leurs origines des dérives d'un marché aujourd'hui sans garde-fous.
Un enfant né sous X peut ne disposer d'aucune information sur ses antécédents médicaux. C'est une inégalité grave, parfois vitale. L'obligation de recueillir ces données à la naissance — et de les transmettre à l'enfant ou à sa famille adoptive — est une question de santé publique autant que de dignité.
Je soutiens les propositions du Collectif des "Nés sous X d'Ici et d'Ailleurs", dont vous pouvez retrouver le travail complet sur leur site.
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